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Accompagnement à la croissance des PME en RDC

  • La Rédaction
  • 4 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Depuis plus de sept ans, Shary Lima s’engage à renforcer les capacités des jeunes et des porteurs de projets en République Démocratique du Congo, à travers des programmes d’accompagnement orientés vers l’impact. Convaincue que le pays regorge de solutions locales, elle milite pour un écosystème entrepreneurial plus structuré, accessible et durable. Dans cet entretien, elle décrypte l’essor de l’entrepreneuriat en RDC, les secteurs porteurs pour l’émergence nationale, et plaide pour une fiscalité adaptée ainsi qu’une relation plus pédagogique entre l’État et les entrepreneurs. À travers son regard, se dessine une vision pragmatique et ambitieuse : transformer les ressources du pays en valeur ajoutée et bâtir un climat des affaires propice à l’innovation et à la confiance.


Shary Lima, Manager de Structure d'Accompagnement à l'Entrepreneuriat chez Ingenious City
Shary Lima, Manager de Structure d'Accompagnement à l'Entrepreneuriat chez Ingenious City

L’Entrevue L’entrepreneuriat a le vent en poupe ces dernières années en RDC. Quelle lecture faites-vous de cela ?


Shary Lima Dans un pays où le taux de chômage, en particulier chez les jeunes, reste extrêmement élevé et où le tissu économique formel peine à absorber la masse de nouveaux diplômés et demandeurs d’emploi, il est tout à fait naturel que l’entrepreneuriat apparaisse comme une alternative crédible, voire comme une nécessité.


Aujourd’hui, entreprendre n’est plus seulement un choix, mais une réponse à une réalité socio-économique. C’est aussi pour cette raison que l’entrepreneuriat se retrouve au cœur des politiques publiques, des discours institutionnels et des aspirations de toute une génération.


Par ailleurs, il ne faut pas négliger un élément culturel fondamental : le peuple congolais a toujours été profondément créatif, débrouillard, résilient, avec un véritable esprit d’initiative et de commerce. Cet ADN entrepreneurial a simplement trouvé aujourd’hui une nouvelle forme d’expression, plus structurée, plus assumée et plus visible.


L’Entrevue A l’image de la multiplication des entreprises de technologies de pointe aux Etats-Unis et en Chine, quels types de PME devraient proliférer, selon vous, pour l’émergence de la République Démocratique du Congo et son rayonnement dans la sous-région des grands lacs ?


Shary Lima Je ne pense pas qu’il existe un « modèle unique » de PME à répliquer, ni un seul secteur miraculeux. En revanche, je suis convaincue que les entreprises qui devraient proliférer en RDC sont celles qui répondent concrètement aux problèmes des Congolais et qui exploitent intelligemment le potentiel immense du pays.


La RDC ne devrait plus se contenter d’être un pays d’extraction. Nous devons impérativement évoluer vers la transformation locale et la création de valeur ajoutée. C’est à cette condition que nous pourrons réellement parler d’émergence et de rayonnement régional.


Le potentiel est immense :

  • Plus de 80 millions d’hectares de terres arables : l’agriculture, l’élevage et l’agro-transformation devraient être des piliers majeurs, alors que paradoxalement nous continuons à importer une grande partie de notre alimentation.

  • Un réseau hydrographique exceptionnel, un ensoleillement quasi permanent : un véritable trésor pour les énergies renouvelables, alors que seulement environ 22 % de la population a accès à l’électricité.

  • Sept parcs nationaux, une biodiversité unique et une richesse culturelle incomparable : le tourisme pourrait devenir un levier économique puissant, mais il reste largement sous-exploité et peu accessible au Congolais moyen.

  • La technologie, enfin, doit être pensée comme un catalyseur transversal : au service de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation, de la santé, du commerce et du tourisme.


La liste est longue. Mais tout commence par un changement de regard sur nos propres ressources.


L’Entrevue Et pour se faire, dans le contexte actuel des affaires en RDC, le gouvernement ne devrait-il pas promouvoir une politique centralisée autour de l’accompagnement durable des PME avec, comme alliés directs, les incubateurs privés, les chambres de commerce ou encore les initiatives de réseautage organisées ici et là ?


"La piste d’une agence unique ou plateforme centrale, telle que l’ANADEC, pouvant orienter vers les autres structures spécialisées, mérite d’être sérieusement explorée."

Shary Lima Le gouvernement a un rôle essentiel à jouer, mais pas dans une logique de contrôle excessif. Il doit avant tout promouvoir, soutenir et faciliter, tout en laissant une marge de manœuvre et d’innovation aux acteurs privés.


Il est fondamental de créer un climat des affaires sain, transparent et attractif : simplifier les démarches de création d’entreprise, réduire la lourdeur administrative, sécuriser les investisseurs et protéger les jeunes entrepreneurs.


Une politique coordonnée avec les incubateurs, les hubs privés, les chambres de commerce et les initiatives de terrain permettrait non seulement d’éviter la dispersion des efforts, mais aussi de maximiser l’impact réel sur les PME.


L’Entrevue ANADEC, PADMPME, FSPEEJ, FOGEC, APROCM, ARSP ; apparemment, tous semblent jouer la même partition.

Premièrement, n’assistons-nous pas à des dépenses inopportunes du trésor public ?

Et deuxièmement, l’ANADEC ne devrait-elle pas être structurée telle une « agence unique » par laquelle on accède à toutes les autres entités sœurs qui deviendraient alors des composantes ?


Shary Lima Il est vrai qu’aujourd’hui il est souvent difficile de distinguer clairement les rôles, les missions et les champs d’action de chacune de ces structures. Pour beaucoup d’entrepreneurs, le système reste flou, opaque et parfois décourageant.


Oui, il serait pertinent de rationaliser, coordonner et centraliser ce qui peut l’être. Non pas nécessairement pour supprimer, mais pour clarifier et rendre plus cohérente l’action publique.


La piste d’une agence unique ou plateforme centrale, telle que l’ANADEC, pouvant orienter vers les autres structures spécialisées, mérite d’être sérieusement explorée. Cela permettrait d’optimiser les ressources, de réduire les doublons et de faciliter l’accès aux dispositifs pour les entrepreneurs.


L’Entrevue Un reportage de la RFI, publié le 10 avril 2024 sur leur site, mettait en avant les difficultés que les femmes entrepreneures éprouvaient à se formaliser. L’une d’entre elles s’exprimait ainsi : « …une fois que vous formalisez, il y a trop de taxes à payer. » Que répondez-vous à cela ?


Shary Lima Cette difficulté n’est pas propre aux femmes, même si elles y sont souvent plus exposées en raison d’un accès plus limité à l’information, au financement et à l’accompagnement. La pression fiscale et parafiscale touche l’ensemble des entrepreneurs.


Si l’on souhaite réellement créer des entreprises pérennes, il est indispensable de mettre en place une fiscalité progressive et adaptée au cycle de vie des jeunes entreprises.


Des mesures telles que :

  • des exonérations ou allègements fiscaux durant les premières années,

  • une taxation évolutive selon le chiffre d’affaires réel,

  • et un environnement incitatif plutôt que répressif, seraient bien plus efficaces pour favoriser la formalisation et le développement à long terme.


L’Entrevue Pour ce qui est du FISC ; à l’avènement de l’IS (impôt sur les sociétés), ne devrait-il pas aussi être « humanisé » avec un agent ou un genre de coach dédié qui vous accompagne dans votre responsabilité fiscale dès le moment où votre entreprise est formalisée plutôt que d’un contrôleur formaté à punir.


Shary Lima Absolument. Aujourd’hui, la relation entre l’administration fiscale et l’entrepreneur est trop souvent perçue comme punitive plutôt que pédagogique. Cela crée de la peur, de la méfiance et favorise l’informel.


Mettre en place un agent ou un coach fiscal d’accompagnement, et que ce dernier soit bienveillant, dès la formalisation de l’entreprise, permettrait d’éduquer, d’orienter et de responsabiliser progressivement l’entrepreneur.


Passer d’une logique de sanction à une logique de partenariat serait un tournant majeur pour la construction d’un écosystème entrepreneurial sain, durable et confiant.

1 commentaire


Daniel
12 déc. 2025

Gg'nn

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