top of page

Godard Motemona, des mines à la tête d’un fonds stratégique sous haute tension

  • il y a 19 heures
  • 3 min de lecture

C’est une promotion qui ressemble à un défi, voire à un pari. Alors que le secteur minier de la République démocratique du Congo traverse une période d’intenses réformes, une ordonnance présidentielle lue mercredi 3 juin 2026 à la RTNC vient de nommer Godard Motemona Gibolum ya Kembi, figure politique bien connue du paysage kinois et jusqu’alors vice-ministre des Mines, à la tête du Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN).


Godard Motemona, Directeur Général du FOMIN
Godard Motemona, Directeur Général du FOMIN

Un organe stratégique s’il en est, dont la mission centrale est de préserver une partie des revenus issus de l’exploitation des ressources minières pour garantir aux générations futures les bénéfices de cette richesse nationale. Mais cette nomination, officialisée début juin 2026, intervient à un moment où le FOMIN est au cœur de toutes les turbulences.


Un trésor de guerre pour la nation, mais une maison en feu


Créé pour jouer le rôle de « caisse d’épargne » de la manne minière congolaise, le FOMIN est stratégique dans l’économie nationale. Pourtant, depuis plusieurs mois, il est éclaboussé par de graves scandales. Son ancien directeur général, Faustin Biringanine, est accusé par la délégation syndicale de malversations financières portant sur plus de 135 millions de dollars américains, dans une affaire où la gestion opaque et les conflits d’intérêts sont pointés du doigt.


Par ailleurs, les alertes se multiplient sur son avenir même. Lors des débats sur le budget 2026, le député Garry Sakata s’est dit opposé à la création intempestive de comptes spéciaux, s’interrogeant sur le risque de dissolution pure et simple du fonds. L’enjeu est donc colossal pour Godard Motemona : rétablir la confiance, assainir la gestion et prouver que cet outil n’est pas voué à disparaître.


Une carrière au service des institutions, entre Kinshasa et les coulisses du pouvoir


Pour affronter ce bourbier, Motemona ne vient pas de nulle part. Né à Kinshasa, cet homme de 65 ans est un pur produit de l’administration et de la politique congolaise. Licencié en sciences commerciales et consulaires de HEC Liège en Belgique, il commence sa carrière à la présidence de la République puis à la Banque centrale du Congo, avant d’embrasser pleinement la politique.


Proche du PPRD, il est ministre provincial des Transports de Kinshasa sous André Kimbuta, puis élu député national du district de Mont-Amba en 2018. En tant que vice-ministre des Mines, il s’est récemment illustré sur la scène internationale, défendant à Paris ou à Johannesburg la vision d’une RDC « pays-solution » dans la transition énergétique mondiale.


Un réformateur sous le feu des critiques


Connu pour son franc-parler, Motemona a souvent été décrit par ses pairs comme un réformateur. Avec son ministre de tutelle Kizito Pakabomba, il a tenté de nettoyer un secteur gangrené par la corruption, ce qui lui a valu des accusations de « racket » et de « trafic d’influence », que ses partisans dénoncent comme une tentative de déstabilisation.


Sa nouvelle mission au FOMIN est à la hauteur de son caractère : redresser une institution malade, la réconcilier avec sa mission de prévoyance pour l’avenir, tout en résistant aux pressions politiques et aux intérêts parfois obscurs. L’homme aux multiples casquettes — président de l’ASBL Bana Kin, bâtisseur de la Fondation FOGOMO — sait que l’avenir du fonds repose désormais sur sa capacité à imposer la transparence là où la tempête fait rage.

Commentaires


bottom of page