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Lithium de Manono : l’ombre d’une gouvernance opaque plane sur le joyau congolais

  • 8 juin
  • 3 min de lecture

La RDC s’apprête à entrer dans la course mondiale au lithium. Pourtant, l’organisation Resource Matters met en garde : la gestion des droits miniers autour du gisement de Manono souffre de graves manquements en matière de transparence. Dans un rapport publié le 8 juin 2026, l’ONG spécialisée dans la gouvernance des ressources naturelles dresse une liste de neuf signaux d’alerte qui interpellent investisseurs et autorités.



À Manono, dans la province du Tanganyika, repose l’un des plus vastes gisements de lithium en roche dure encore inexploités de la planète. Une manne stratégique, à l’heure où ce métal léger alimente les batteries des voitures électriques et des appareils numériques. Pourtant, loin du rêve industriel, la réalité sur le terrain est plus troublante. Selon Resource Matters, des zones d’ombre persistent dans l’attribution et la gestion des permis miniers, émaillées de conflits juridiques, de soupçons de corruption et d’une opacité chronique.


Une décennie d’alliances instables


Depuis près de dix ans, plusieurs entreprises étrangères ont tenté de s’associer à la société d’État Cominière pour explorer et exploiter le sous-sol de Manono. Mais ces partenariats ont été marqués par des retournements de situation à répétition : changements brutaux d’actionnaires, litiges judiciaires interminables et accusations indirectes de pratiques douteuses.


« Ces démarches ont souvent été marquées par des changements brusques de propriétaires, des soupçons de corruption et des batailles juridiques prolongées », souligne l’organisation.


L’affaire la plus emblématique reste le conflit qui oppose AVZ International à Cominière au sujet de la partie sud du gisement. Un bras de fer qui dure et qui illustre les difficultés à établir des règles claires et stables dans ce secteur stratégique.


Neuf points noirs à surveiller


Resource Matters ne se contente pas de critiques générales. L’organisation a identifié neuf signaux préoccupants qui méritent, selon elle, une vigilance accrue de la part des institutions nationales et internationales :

  1. Le contentieux de longue date entre AVZ et Cominière sur la zone sud.

  2. Des soupçons d’irrégularités dans les transferts de participations de l’État au sein de coentreprises.

  3. L’impossibilité fréquente de retracer la propriété effective de certaines sociétés intervenant dans le secteur.

  4. Le rôle ambigu de certaines entreprises dans les transferts de droits miniers.

  5. Un respect parfois approximatif des procédures légales d’attribution des permis.

  6. La propension de Cominière à nouer des affaires avec des sociétés politiquement connectées, sans mise en concurrence claire.

  7. L’absence de publication des contrats de joint-venture entre Cominière et ses partenaires privés.

  8. Des versements contestables à une ONG réputée proche des cercles du pouvoir.

  9. Le mystère des 20 millions de dollars manquants dans le compte séquestre d’AVZ.


Un appel à ne pas répéter les erreurs du passé


Pour Resource Matters, l’enjeu dépasse le seul cadre juridique. Il est aussi politique et social. « L’exploitation du lithium de Manono représente une opportunité historique pour la RDC. Mais si elle se déroule dans l’opacité, elle risque de reproduire les erreurs du passé, où les ressources naturelles ont enrichi quelques-uns au détriment de tous », avertit le rapport.


L’organisation insiste : il ne s’agit pas de bloquer les investissements, mais de les encadrer rigoureusement. « Nous appelons à la prudence et à la vigilance. Sans constituer des preuves directes de corruption, plusieurs signaux d’alerte montrent la nécessité pour les investisseurs, gouvernements et institutions de renforcer leurs contrôles et de garantir une concurrence loyale. »


Des avancées concrètes mais une ombre persistante


Sur le terrain, le projet avance malgré tout. En mai 2026, le ministre des Mines a rencontré les responsables de Manono Lithium SAS, une coentreprise associant Cominière et l’État congolais. L’investissement est colossal : environ 2 milliards de dollars. Les infrastructures se développent, plus de 1 200 emplois directs ont été créés, sans compter les retombées indirectes.


Mais pour que cette manne profite véritablement au pays et à ses habitants, la transparence devra être au rendez-vous. Faute de quoi, le lithium congolais pourrait bien connaître le même destin que le cuivre ou le coltan : une richesse pillée, une population oubliée.

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