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Mines d’or en RDC : comment l’exploitation aurifère a-t-elle propagé le virus Ebola ?

  • 8 juin
  • 3 min de lecture

L’épidémie d’Ebola déclarée le 15 mai dernier en province d’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, serait en réalité partie dès février des mines d’or de la région. Selon une enquête du New York Times, les conditions de travail et les flux de population liés à l’orpaillage ont favorisé la dissémination silencieuse du virus, longtemps passé inaperçu des autorités sanitaires.


Des mineurs dans une carrière.
Des mineurs dans une carrière.

C’est une région déjà meurtrie par les conflits armés qui doit aujourd’hui faire face à un nouvel ennemi invisible. La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie d’Ebola déclarée officiellement le 15 mai, voit son quotidien bouleversé par un virus qui a profité de l’activité minière pour se propager bien avant que l’alerte ne soit donnée.


Mongbwalu, épicentre méconnu


Située au cœur de la ceinture aurifère du Kilo-Moto, la ville de Mongbwalu est devenue le point névralgique de la crise. C’est là, dans des mines informelles qui attirent des travailleurs venus de tout le pays et même de l’étranger, que la souche Bundibugyo du virus Ebola aurait commencé à circuler dès le mois de février, soit près de trois mois avant la déclaration officielle.


Pourquoi un tel retard ? Les symptômes de cette souche, peu connue, ressemblent à ceux du paludisme – fièvre, maux de tête, courbatures –, ce qui a trompé les malades comme les premiers agents de santé. « Mon frère présentait des signes typiques de la malaria », confie au New York Times Kondu Ganda, mineur lui-même et frère d’une des victimes. Malgré des visites dans six cliniques différentes, aucun traitement n’a pu sauver son aîné. À ce jour, il n’existe aucun remède contre cette souche spécifique.


« Nous travaillons toujours du matin au soir »


Dans les mines artisanales qui entourent la ville, les conditions de promiscuité sont extrêmes. Les orpailleurs travaillent côte à côte, manipulent du mercure à mains nues et dorment souvent entassés dans des abris de fortune. Un terreau idéal pour la transmission d’un virus qui se propage par les liquides biologiques.


Interrogé par nos confrères américains, Bienvenue Bironyi, un mineur ayant fui les combats au Nord-Kivu, résume l’impasse dans laquelle se trouvent les travailleurs : « Nous travaillons toujours du matin au soir, rien n’a changé. » Il dit avoir entendu parler de morts, mais ignore comment se protéger. Comme lui, beaucoup ne peuvent pas se permettre de cesser leur activité : l’or paie jusqu’à 272 dollars par semaine, une manne dans une région rongée par la pauvreté.


Un bouillonnement humain propice au virus


L’enquête du New York Times souligne que l’industrie aurifère ne se résume pas aux seuls mineurs. Elle attire tout un flux de commerçants, de contrebandiers, de transporteurs à moto et de prostituées, circulant entre la RDC, l’Ouganda et la Centrafrique. « Mongbwalu et ses alentours ont connu une très forte croissance démographique. L’industrie y attire des gens de partout », explique Didier Bompangue, directeur adjoint de l’Institut One Health pour l’Afrique, à Reporterre.


Ce brassage constant a permis au virus de franchir les frontières avant même que l’épidémie ne soit officiellement reconnue. Selon les autorités locales, plus de 80 personnes seraient mortes du virus pendant les semaines où il circulait dans l’ombre. Et le pire est peut-être à venir : « Nous craignons que ce ne soit que le début de notre malheur », confie Jean-Pierre Bikilisende, ancien maire de Mongbwalu.


Méfiance et défi sanitaires


À l’hôpital général de Mongbwalu, le personnel soignant doit désormais composer à la fois avec l’afflux de malades et la défiance d’une partie de la population. Certains mineurs croient que le virus n’existe pas ou qu’il s’agit d’une invention de médecins et d’ONG cherchant à s’enrichir. « Des histoires folles circulent », rapporte Shadrack Toko, un responsable local. « On dit que les gens amenés à l’hôpital reçoivent des injections de poison, ou qu’on leur coupe les parties génitales. »


Déborah Singo, cheffe de village et orpailleuse, résume ce scepticisme : « J’ai entendu parler d’Ebola, mais pour vraiment y croire, j’ai besoin de le voir par moi-même. »


Pendant ce temps, les chauves-souris frugivores – réservoir naturel connu du virus – continuent de survoler les arbres de Mongbwalu, tandis que les motos-taxis et les camions miniers sillonnent toujours les pistes. L’or est plus cher que jamais, et rien ne semble vouloir arrêter la ruée. Pas même Ebola.

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