Rudy de Jong : "Transmettre et figer les émotions à jamais dans le temps."
- 5 juin 2025
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Réputée pour être une excellente danseuse, artiste musicienne et poète, la personne du congolais ne compte pas se limiter là et semble bien décider à vouloir continuer d’épater le monde. A ce jour, s’il existe bien un phénomène qui semble bien définir le congolais, c’est bel et bien l’entrepreneuriat. Plus qu’une simple notion de création de richesse, l’entrepreneuriat dans l’entendement congolais se présente comme une norme d’émancipation personnelle puis collective. Il permet à celui qui s’y adonne de découvrir qui il est, de développer d’autres compétences et d’exploiter son plein potentiel. Bref, en l’en croire, pour le congolais, entreprendre ce n’est plus une notion, mais c’est découvrir et jouir de son identité ; comme l’a si bien chanté le célèbre chanteur congolais Shungu Wembadio alias Papa Wemba ‘Na beta libanga, po ete na zwa mosolo. Na motoki nayo nde ozwi lifuta.’ (Traduction : Je taille la pierre pour être payé. C’est à la sueur de ton front que tu seras ennobli.)
Pour cette 19ème édition, nous vous emmenons à la rencontre d’un quadragénaire passionné de l’audiovisuel qui nous raconte ses débuts en tant que photographe à partir de rien jusqu’à la tête d’une entreprise prometteuse et à l’avenir lumineux dont on ne saura certainement plus se passer en RDC. Découvrez avec nous l’interview de Rudy de Jong Tuluka, DG de DeJong Digital.

L’Entrevue Qui est Rudy de Jong Tuluka ?
Rudy de Jong Tuluka Je suis né à Kinshasa, en République Démocratique du Congo ; mais j’ai grandi entre la Belgique et les Pays-Bas après avoir quitté la RDC à l’âge de neuf ans.
L’Entrevue Quel a été l’élément déclencheur pour vous investir, avec passion, dans la photographie ?
Rudy de Jong Tuluka Mes premières expériences en photographie ont commencé en 2010, quand j’ai récupéré un appareil photo d’occasion. À partir de là, j’ai commencé à capturer des souvenirs pour les gens. Puis, c’est à Bruxelles Les Bains, la fameuse plage artificielle organisée chaque été au centre de Bruxelles, que De Jong Digital a pris vie. En 2012, j’ai installé un petit stand photo, simple mais efficace, directement sur le sable. “Stand 4”, comme je l’appelais. Il affichait un tarif accessible pour les photos souvenirs. Cette première expérience marquait le début de ma vision : une photographie spontanée, accessible et humaine.
"Pour moi, faire une photo, ce n’est pas juste appuyer sur un bouton. C’est observer, comprendre, sentir une énergie, une émotion, et réussir à la traduire en image. C’est capter l’instant, mais surtout l’intention derrière l’instant."
L’Entrevue Aujourd’hui, c’est tellement simple de « s’autoproclamer » photographe ; car on ne sait plus trop qui fait la photo : celui qui est derrière l’objectif ou l’appareil hyper performant qu’il tient entre ses mains ?
Rudy de Jong Tuluka Aujourd’hui, il suffit d’un bon téléphone et d’un compte Instagram pour que quelqu’un se dise photographe. Et franchement, je ne critique pas ; la technologie a démocratisé la photo, et c’est une bonne chose. Mais la vraie question pour moi, c’est pas qui prend une photo, c’est qui fait vraiment de la photo ?
Pour moi, faire une photo, ce n’est pas juste appuyer sur un bouton. C’est observer, comprendre, sentir une énergie, une émotion, et réussir à la traduire en image. C’est capter l’instant, mais surtout l’intention derrière l’instant. Ce que tu vois, ce que tu ressens, ce que tu veux raconter.
La technique, tu peux l’apprendre. Mais le regard, la patience, le respect du moment, ça, tu peux pas le simuler. Et ça ne se remplace pas par un filtre ou une bonne retouche. Je vois des gens très forts techniquement, mais sans regard. Et d’autres, plus simples, mais qui ont cette vérité dans leurs images.
Moi, je fais la photo comme je vis : à l’instinct, au contact, dans l’authentique. Ce n’est pas la caméra qui fait la photo ; c’est le photographe.
L’Entrevue Sur le marché de la communication, le photographe s’est vu talonné par les banques d’images qui nous offraient plus de photos et plus de diversité à moindre coût ; et aujourd’hui, il y a l’intelligence artificielle qui bouscule la photographie et les banques d’images devenues vos alliées dans une certaine mesure. L’âge d’or du photographe est-il révolu ?
Rudy de Jong Tuluka Non, je ne pense pas. Parce que les banques d’images servent plus aux infographes qui créent des visuels et elle sont également utiles pour certains magazines. Quant à l’intelligence artificielle, elle recrée certaines choses.
Mais une photo reste une photo comme je l’ai dit. C’est un instant que tu captures. Avec l’intelligence artificielle, on ne vous prend pas en photo dans votre bureau ni dans une banque d’images. Donc au final, on a besoin d’un photographe ; bref, un humain.
En fin de compte, je pense que la technologie avance à une allure dont je ne saurai décrire, mais ce qu’il faudrait retenir, c’est que l’humain reste toujours l’élément capital.
""Boulot toujours", ce n'est pas juste un slogan, c'est une mentalité."
L’Entrevue Hashtag, boulot toujours ! Expliquez le concept derrière ce slogan.
Rudy de Jong Tuluka Le concept derrière “Hashtag, boulot toujours !” est simple : c’est un mélange entre la réalité du travail acharné et l’univers des réseaux sociaux. Aujourd’hui, tout est connecté, et un hashtag peut faire le lien entre une idée et une communauté. Mais derrière ce hashtag, il y a l’effort, la constance, et le travail.
Je crois profondément que tout se construit avec du travail. Ça peut sembler évident, mais de nos jours, tout va si vite, avec des apparences de succès qui défilent sur les écrans. Ce slogan, c’est ma façon de rappeler que le succès n’arrive pas sans boulot. Que ce soit dans la photo, dans la création ou dans n’importe quel domaine, il faut s’investir. Hashtag, boulot toujours, c’est une façon de dire : reste concentré, reste engagé et surtout, n’arrête jamais de bosser.
L’Entrevue C’est ainsi que « Boulot toujours » vous a emmené à traverser les frontières : Kinshasa, Goma, Pointe-Noire, Abidjan, Bruxelles… et vous a permis d’assurer de belles prestations pour Didi Stone, par exemple.
Rudy de Jong Tuluka “Boulot toujours”, ce n’est pas juste un slogan, c’est une mentalité. C’est elle qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort, à aller voir ailleurs, à oser proposer mes services là où on ne m’attendait pas.
Grâce à cette détermination, j’ai eu la chance de traverser des frontières comme vous l’avez dit. Et chaque ville, chaque déplacement, c’était une nouvelle rencontre, un défi différent. Ce n’était pas juste des prestations pour des personnalités comme Didi Stone, Kassi Kalala ou Colette Tshomba, mais aussi des moments où j’ai pu participer à des événements marquants comme l’arrivée du Pape François en RDC ou le retour du corps du feu Étienne Tshisekedi, père du Président actuel.
Ces moments, ces événements, m’ont profondément marqué et ont contribué à forger mon parcours. Et ce n’est pas tout. En plus de ces expériences humaines et professionnelles, DeJong Digital est devenu consultant pour plusieurs entreprises locales, comme Rawbank, BGFI Bank, Pullman et même PPC Network, une société spécialisée dans la vente de ciment. Ces collaborations avec des acteurs importants de la place ont été aussi fondamentales pour l’évolution de mon entreprise et elles ont renforcé ma vision du travail sérieux et constant. Mais au-delà de tout ça, mon retour en RDC n’a pas seulement été une démarche personnelle.
C’était aussi une manière de créer de l’emploi, de former des jeunes, de leur transmettre mon savoir-faire. L’idée n’était pas seulement de réussir pour moi-même, mais aussi de laisser une trace, d’inspirer d’autres à se lancer et à croire en la puissance du travail acharné.
Mon conseil : Ne jamais sous-estimer la puissance du travail régulier. Les réseaux, le talent, l’image, tout ça compte. Mais ce qui fait vraiment avancer, c’est le boulot ; encore et encore. C’est ce qui te permet de marquer l’histoire, de laisser une trace, et de changer des vies autour de toi.
L’Entrevue Comment êtes-vous passé de la photographie à la vidéo, à la création de contenu ?
Rudy de Jong Tuluka L’évolution a été naturelle. Je venais du milieu de la photographie, mais je me suis rapidement rendu compte que le contenu visuel complet (photo et vidéo) était de plus en plus demandé ; notamment pour les entreprises qui ont besoin de visibilité. DeJong Digital s’est alors diversifiée pour offrir une solution complète, adaptée aux réseaux sociaux, à la télévision, et aux événements privés.
L’Entrevue Et quelle est votre offre dans l’audiovisuel ?
Rudy de Jong Tuluka Dans l’audiovisuel, mon offre est complète et structurée. Elle repose sur des années de terrain, d’écoute et d’adaptation aux besoins des clients. Je propose des services de production et de réalisation vidéo, que ce soit pour des entreprises, des institutions, des artistes ou des projets culturels.
Ça va du contenu digital court pour les réseaux sociaux jusqu’à des films institutionnels, des reportages, des capsules d’interview, des teasers, ou encore des documentaires de fond. L’idée, c’est toujours de raconter une histoire, de créer une narration forte, avec une qualité visuelle et sonore professionnelle, mais aussi avec une identité claire.
On s’occupe de tout : écriture, tournage, montage, habillage graphique, livraison multicanal. Et surtout, on reste agiles, proches du terrain, capables de produire rapidement tout en maintenant le niveau.
"Un autre projet qui me tient à coeur, c'est la réalisation des livres et documentaires photo sur la RDC ; réalisés par des Congolais, avec une collaboration des talents locaux."
L’Entrevue Bien que très présent dans l’évènementiel en particulier et la communication en général, pouvons-nous imaginer vous voir sur les sentiers du documentaire ou de la fiction ?
Rudy de Jong Tuluka Je suis effectivement très attiré par le documentaire. Pour moi, c’est une manière de raconter des histoires vraies, de capturer des moments significatifs et de mettre en lumière des réalités qui méritent d’être racontées. En tant que Congolais, il me semble logique de me tourner vers la réalisation de documentaires sur mon propre pays. C’est un peu étrange, voire gênant parfois, de voir que l’histoire de la RDC est souvent racontée par des étrangers. C’est d’ailleurs un rêve personnel de travailler sur un documentaire authentique, fait par un Congolais, qui raconte les réalités de notre terre, de ses peuples et de ses histoires.
En ce qui concerne la fiction, je trouve cela un peu plus complexe. Mais si une opportunité intéressante se présente, je ne serais pas contre d’explorer cet univers. Toutefois, c’est bien sur le terrain du documentaire que je me vois m’investir pleinement.
Un autre projet qui me tient à coeur, c’est la réalisation des livres et documentaires photo sur la RDC ; réalisés par des Congolais, avec une collaboration des talents locaux. Je rêve de sortir un livre qui couvre toutes les régions de notre pays, en abordant différents thèmes tout en restant fidèle à notre réalité. Un ouvrage congolais, fait par des Congolais, qui représente notre culture, notre diversité et notre histoire, plutôt que de laisser cet espace aux auteurs étrangers ; souvent italiens ou français qui nous décrivent à leur manière.
L’Entrevue Avant de finir, faisons un petit détour ; car comme un certain nombre de nos compatriotes, vous tournez également le regard vers l’élevage.
Rudy de Jong Tuluka L’élevage, c’est un héritage familial. Mon grand-père était fermier. J’ai hérité de cette passion et c’est ce qui a inspiré le nom de mon entreprise “Petit Chez Yaya” – “Petit” pour petit-fils, et “Chez Yaya” en hommage à mon grand-père. Mon slogan, “L’héritage d’hier, c’est la qualité d’aujourd’hui”, résume bien cet héritage.
Je me suis lancé il y a un peu plus de deux ans et demi dans l’élevage porcin. Les commandes sont de plus en plus nombreuses, principalement grâce au bouche-à-oreille et aux proches.
Aujourd’hui, la ferme compte une centaine de bêtes, et l’objectif est de l’agrandir.
L’Entrevue On notera enfin que votre grand-père, le feu Désiré Victor Tuluka Yaya, qui a fait, par ailleurs, l’objet de l'une de nos parutions en décembre 2024, était une référence dans ce domaine de l’entrepreneuriat.
Rudy de Jong Tuluka C’est vrai, et j’en suis très fier. Mon grand-père, feu Désiré Victor Tuluka Yaya, était une figure dans l’entrepreneuriat agricole. Il a marqué son époque par sa rigueur, son engagement, et sa vision du travail. Pour moi, c’est un modèle. Et c’est justement pour lui rendre hommage que j’ai choisi de nommer ma ferme “Petit Chez Yaya”. Je me considère comme le prolongement d’un héritage, et chaque pas que je fais dans ce domaine est une manière de perpétuer ce qu’il a bâti avec passion.




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