Quid sur la génération Z congolaise : Perdue ou pas du tout ?
- 5 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Avec une histoire jonchée de pleurs, de gloire et d’opprobre, la République Démocratique du Congo voit désormais en sa jeunesse, une marée montante d’espoir et d’avenir pour pallier aux failles qui jusqu’alors, constituent un frein pour le développement du pays. Toutefois, en dépit de ces espoirs et responsabilités qu’on confère à la jeunesse, il est judicieux de se poser les bonnes questions pour savoir si réellement l’Etat congolais dans son ensemble facilite à celle-ci une bonne démarche.
Et c’est ainsi que pour y répondre, nous avons convié dans cette nouvelle rubrique de Qu’en Dit l’Expert, Baron Besana, Membre actif de la société civile et Fondateur de l’Asbl Jeunesse Espoir de Demain (JED). Une rencontre riche en exposé et surtout en savoir, à laquelle nous vous invitons à votre tour, afin d’y prendre part.
A nos pages, prêts, lisons !

Cliver Bosoki En tant que fondateur d’une structure qui met en avant la personne du jeune congolais, quels sont les préoccupations intra-personnelles que vous soulignez fréquemment au vue de cette jeunesse ?
Baron Besana Au contact quotidien de la jeunesse, je constate que beaucoup de jeunes sont confrontés à une perte de repères, à une crise identitaire et à un manque d’estime de soi. Ils doutent de leur utilité dans une société qui ne leur offre ni cadre stable ni modèles inspirants. Le découragement, l’angoisse du lendemain, le désengagement civique ou encore la tentation de la fuite à l’étranger (le fameux mboka esimbi te, to pesa poto chance ) sont des signes clairs d’un malaise profond. À notre niveau, nous travaillons à restaurer leur confiance, les reconnecter à leur mission et leur montrer qu’ils ont leur place dans l’histoire du Congo.
"L'éducation, l'orientation, la formation technique et citoyenne devraient être des priorités absolues."
Cliver Bosoki Contrairement au milieu du Business, nous remarquons, à ce jour, une classe politique congolaise jeune qui nait mais qui a du mal à s’intégrer dans le corps politique, voire, le cercle des décideurs. Que peuvent en être les causes, d’après vous ?
Baron Besana Il y a d’abord un facteur structurel : les anciens verrouillent encore les espaces de décision et entretiennent un système basé sur le clientélisme, la loyauté aveugle et les réseaux familiaux. Mais il y a aussi un facteur interne : beaucoup de jeunes manquent de formation politique solide, de vision long terme et tombent trop tôt dans la quête du gain immédiat. Ils se retrouvent soit récupérés, soit écartés. Il faut que la jeunesse cesse d’attendre l’intégration comme une faveur. Elle doit s’imposer comme une force organisée, crédible et inévitable.
Cliver Bosoki Avec une démographie de 66% de la population qui a moins de 25 ans, dont l’âge médian varie entre 15 et 19 ans d’après l’UNFPA/RDC ; pensez-vous que l’Etat investit-t-il suffisamment les moyens qu’il faut pour la bonne éducation et orientation de cette jeunesse ?
Baron Besana Malheureusement, non. Bien que la jeunesse constitue la majorité démographique, elle reste minoritaire dans les budgets, les politiques publiques et les programmes d’accompagnement. L’éducation, l’orientation, la formation technique et citoyenne devraient être des priorités absolues. On ne peut pas parler de développement durable sans investir massivement dans le capital humain. Le manque de volonté politique et la mauvaise gouvernance plombent tout effort durable. Il faut inverser la logique : considérer la jeunesse non plus comme un poids à gérer, mais comme une ressource à valoriser.
Cliver Bosoki Loupe sur le mode de vie et moeurs, tranchons le débat : A- Que dites-vous du mode de vie et moeurs du congolais d’aujourd’hui par rapport à celui d’avant ?
Baron Besana Le Congolais d’aujourd’hui vit une transformation culturelle accélérée, influencée par les réseaux sociaux, les tendances mondiales et une forte quête d’apparence. On observe un glissement des valeurs vers le matérialisme, la superficialité et l’immédiateté. Autrefois, on valorisait l’honneur, la parole donnée, l’engagement communautaire. Aujourd’hui, c’est le “buzz” et le paraître qui prennent souvent le dessus. Il est urgent de réconcilier modernité et authenticité, progrès et valeurs.
Cliver Bosoki B- Et pensez-vous que l’ascension des mouvements religieux ont eu en outre, un rôle à jouer là-dedans, comme certains peuvent le prétendre ?
Baron Besana Les mouvements religieux ont joué un double rôle. D’un côté, ils ont canalisé beaucoup de jeunes et leur ont offert une certaine structure morale. Mais de l’autre, certains ont malheureusement cultivé la passivité, l’anti-intellectualisme et l’évitement de la responsabilité citoyenne. Au lieu de former des croyants engagés, on a parfois formé des spectateurs spirituels qui fuient la réalité sociale sous prétexte de foi. Il faut donc un renouveau théologique et social pour que la foi devienne une force de transformation réelle.
Cliver Bosoki Dépravation des moeurs : Qui doit-on condamner normalement d’après vous ? l’Etat ou le promoteur ?
Baron Besana Il ne s’agit pas de désigner un seul coupable, mais de reconnaître une chaîne de responsabilités. L’État a failli dans sa mission d’encadrement et de régulation, en laissant proliférer des contenus et des modèles nuisibles. Les promoteurs, eux, agissent dans un vide éthique, motivés par le profit au détriment de la jeunesse. Mais il faut aussi interpeller les familles, les éducateurs, les artistes et même les jeunes eux-mêmes. Chacun a un rôle à jouer dans la restauration des repères et la construction d’un environnement plus sain.
Cliver Bosoki Et en tant qu’acteur de la société civile militant en ce sens, que préconisez-vous pour optimiser encore plus le capital humain congolais ? Et pouvons-nous avoir un aperçu de vos outils de combat ?
Baron Besana Il faut une révolution éducative, entrepreneuriale et citoyenne. Dans notre ASBL “Jeunesse Espoir de Demain”, nous organisons des salons politico-entrepreneuriaux, des formations pratiques, des caisses de solidarité, des incubateurs d’idées, et des cercles de leadership. Notre outil principal, c’est la conscientisation par l’action. Nous prônons une jeunesse qui ne quémande pas sa place, mais qui la construit. Pour cela, il faut de l’encadrement, des opportunités concrètes, mais surtout une mentalité nouvelle : celle du jeune qui assume son rôle de bâtisseur.
En conclusion, L’avenir du Congo dépendra de la capacité de sa jeunesse à dépasser les plaintes pour devenir une force active, consciente et déterminée. En tant que jeunes leaders, nous devons ouvrir la voie, briser les plafonds, construire des ponts et incarner le changement que nous réclamons. Merci infiniment pour cet échange. Ensemble, écrivons une autre histoire.
























Commentaires