Didier M'Pambia : "Nous devons créer un environnement propice pour des entreprises pérennes dans le secteur de la communication et du marketing."
- 5 sept. 2023
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Dernière mise à jour : 22 juil.
A la tête d’une délégation de la Commission Nationale Communication et Marketing de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), Didier M’Pambia Musanga et ses pairs ont rencontré le Ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, pour un plaidoyer sur l’encadrement légal du secteur de la Communication et du Marketing en RDC.
A cet effet, quelques questions brûlantes lui sont posées quant à ce.

L’Entrevue Mercredi 16 août 2023, vous ainsi que d’autres membres de la Commission Nationale Communication et Marketing de la FEC, aviez rencontré Monsieur Muyaya Katembwe, ministre de la communication et médias, pour introduire une plaidoirie visant l’encadrement du secteur de la communication et marketing en RDC. Devant quelles réalités est donc confronté ce secteur et motivant son encadrement par le ministère de tutelle ?
Didier M'Pambia Nous avons abordé plusieurs points ; notamment le fait qu’il n’existe pas de cadre légal pour le secteur de la communication et du marketing.
A ce jour, n’importe qui peut s’improviser communicant, ce qui pose un problème. En termes de territoire d’opération, un annonceur ne peut pas, par exemple, avoir, dans d’autres pays, des régies publicitaires et des espaces publicitaires.
Il y a des annonceurs qui ont des panneaux, ce qui tond la laine sur le dos des opérateurs qui, eux, emploient plusieurs congolais et donnent du travail à des pères et mères de familles.
Il y a également des marchés publics qui devraient revenir aux opérateurs locaux qui investissent temps, argent et formation personnelle dans le secteur. Mais qui, lors des grands événements et campagnes nationales voient les différents marchés attribués à des opérateurs extérieurs.
Ce sont là les quelques points abordés avec le Ministre de tutelle. Nous avons déjà commencé avec la mise en place d’un répertoire des opérateurs du secteur de la Communication et du Marketing, subdivisés en quatre catégories : les afficheurs, les agences de communication (digitale, événementielle, de production…), les médias (presse) et les imprimeurs.
Dans notre Commission de la FEC, chacun des présidents de ces différentes catégories rencontrera les principaux décideurs opérant sur l’ensemble du territoire national pour instaurer un cadre légal dans le secteur et, surtout, tous les identifier, aussi petits soient-ils.
Tout opérateur du secteur doit être répertorié pour éviter que les entreprises mallettes, n’ayant aucune expérience, aucun frais fixe et capables de ternir l’image du métier, puissent se substituer aux véritables opérateurs.

"Il y a des annonceurs qui ont des panneaux, ce qui tond la laine sur le dos des opérateurs qui, eux, emploient plusieurs congolais et donnent du travail à des pères et mères de familles.”
L’Entrevue Parlant des entreprises mallettes, nous pouvons conclure que l’absence de ce cadre légal est une réelle menace à la disparition de plusieurs entreprises évoluant dans ce secteur ?
Didier M'Pambia Oui, c’est l’une des causes et non la seule. Il y en a tant d’autres. Je peux citer l’absence réelle d’un marché fort. Les seuls annonceurs vers lesquels tout le monde se tourne, sont les mêmes. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises.
Si vous allez dans un pays comme le Kenya, en dehors des entreprises des télécommunications, vous en trouverez aussi dans les secteurs automobile et alimentaire qui comprennent l’importance de la communication. Chez nous, en RDC, le marché est assez limité et vit avec la force économique du pays.
Nous nous rabattons sur le marché public, mais nombreux sous-traitent à des opérateurs en manque d’expérience au lieu de se fier à des professionnels. D’où, des campagnes qui ne s’adressent pas aux vrais problèmes de l’entreprise et ne touchent pas forcément leurs vrais public-cibles. Si cela fut accompli par des professionnels, alors je pense que nous aurions vu la différence.
Il y a aussi des problèmes de financement liés à une méconnaissance de nos différents métiers par le secteur bancaire.
Il y a un marché que nous devons créer. Il y a un marché public qu’il faut aller susciter. Parlant de marché public, il y a toutes ces entreprises publiques et des ONG.
A cela, je rajouterai aussi des programmes internationaux pour lesquels la sous-traitance est donnée à des opérateurs internationaux. Mais pourquoi cela ?
Avec l’Autorité de Régulation de la Soustraitance dans le secteur Privé (ARSP), il y a cette problématique que nous aborderons dans un prochain forum pour capter ce marché de la communication (entreprises minières, ONG…) afin d’assurer la survie et la pérennité des entreprises et éviter leur disparition.
"Légiférer ne veut pas dire que nous bloquons l'accès au secteur, mais au contraire, assurer la promotion de plusieurs autres entreprises à travers le pays.”
L’Entrevue Certains analystes perçoivent votre démarche auprès du ministre Muyaya comme une tentative « voilée » à restreindre l’accès d’entreprendre dans ce secteur afin d’orienter les grands projets auprès de quelques entreprises privilégiées ; comme Optimum Communication, la vôtre d’ailleurs. Que leur rétorquez-vous ?
Didier M'Pambia C’est une lecture qui est fausse parce que nous avons invité toutes ces agences, aussi petites soient-elles, à souscrire pour avoir un répertoire. Peut-être aujourd’hui qu’Optimum Communication est une grande agence, mais les leurs le seront également à la seule condition de ne pas être usurpé par des agences qui n’ont ni leur expérience, ni leur compétence.
Cette démarche que nous initions vise à les protéger. Nous devons créer un environnement propice pour des entreprises pérennes dans le secteur de la communication et du marketing ; et pour le faire, nous avons besoin de le légiférer. Légiférer ne veut pas dire que nous bloquons l’accès au secteur, mais au contraire assurer la promotion de plusieurs autres entreprises à travers le pays.
Tous nous nous cramponnons à Kinshasa (Capitale de la RDC), tandis que le marché est très vaste dans le pays. Par exemple, il y a la communication politique, le marketing médical, le marketing des industrie minières et les relations publiques à exploiter en RDC. Nous ne saurons pas tous nous l’accaparer.
L’Entrevue Votre plaidoirie poursuit-elle également l’objectif de la tenue, cette fois-là, de la 1ère édition des états généraux de la communication et du marketing en RDC ?
Didier M'Pambia Nous avons aussi abordé cette question avec le Ministre et c’est une chose très importante. Au niveau de la FEC, nous y travaillons déjà avec d’autres partenaires.
L’Entrevue Outre la matière de l’encadrement légal, estimez-vous que d’autres questions puissent être abordées lors de ces états généraux ? Si oui, lesquelles ?
Didier M'Pambia Je cite la création d’une corporation des communicants comme au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et d’autres pays africains. Mais pour y arriver, il faudra taire les égos car la moindre initiative d’une personne est assimilée, et vous l’avez si bien dit, à une prise de position forte pour anéantir les autres.
Nous devons penser collectif ! Dans mon Comité, à la Commission de la FEC, j’ai choisi des personnes pour cheminer ensemble dont certains sont mes concurrents. Il faut cesser de craindre la concurrence, les autres et de se méfier les uns des autres.
Dans ce pays, nous devons rompre avec ces habitudes, car si nous les ramenons à l’échelle nationale, cela va davantage empirer la situation. Arrêtons de ne faire confiance qu’aux étrangers. Faisons-nous confiance !
C’est nécessaire d’avoir ce cadre d’échanges inclusif qui prendra en compte aussi la relève. Avec le temps, nous avons pris de l’âge et l’on ne parlera plus de nous bientôt. Nous avons intérêt à déjà préparer le terrain.
L’Entrevue Pour finir, quels termes de référence propose votre commission à ce cadre légal ?
Didier M'Pambia Nous avons déjà des sujets sur lesquels bâtir. D’abord, il y a la mise en place d’un répertoire des entreprises du secteur de la communication et du marketing subdivisés aux quatre catégories citées.
Ensuite, poser les balises qui vise, non à cloisonner le secteur, mais à l’encadrer pour qu’il soit plus facile à exercer.
Aussi, je citerai des prix planchers à imposer pour éviter des débauchages sauvages. Pourquoi pas aussi, comme c’est le cas des médias, instituer une autorité de régulation de la communication et du marketing. Mais ceci est à une autre étape.
L’Entrevue Le délai de paiement après prestation peut-il faire partie des matières à l’ordre de ce cadre légal ?
Didier M'Pambia Oui, les agences font face à des délais de paiement non respecté par les annonceurs et qui se répercutent souvent sur leurs collaborateurs. C’est crucial de relever ce point aussi. Cependant, nous-même lorsqu’il y a des sanctions, nous ne les appliquons pas par crainte de paraître pour le mauvais partenaire.
Vous touchez quand même un point important qui est celui de la rémunération des agences qui subissent des abus de modification irrégulière des contrats. La loi du plus fort ne doit plus primer !




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