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Femme et entrepreneuriat : vaincre le syndrome de l'imposteur

  • La Rédaction
  • 11 déc. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 déc. 2025

Dans un univers entrepreneurial où performance et affirmation de soi se conjuguent au quotidien, un défi demeure : celui de la confiance. Pour ce nouvel échange de L’Entrevue Magazine, nous recevons Lydia Saku, Coach et Formatrice en entrepreneuriat, pour explorer un thème essentiel : « Femme & Entrepreneuriat : vaincre le syndrome de l’imposteur ». Partage d’expérience, stratégies pratiques et parole libérée : une conversation inspirante qui donnera à chaque femme les outils nécessaires pour oser davantage.


Lydia Saku, coach et formatrice en entrepreneuriat
Lydia Saku, coach et formatrice en entrepreneuriat

L’Entrevue Vous êtes coach et formatrice en entrepreneuriat. Quel a été l’élément déclencheur personnel ou professionnel qui vous a conduite à accompagner les porteurs de projets dans leur parcours entrepreneurial ?


Lydia Saku J’ai moi-même peiné à faire décoller mes premiers projets. J’avais des idées, de l’envie, de l’énergie, mais malgré tous mes efforts, les résultats tardaient à venir. À un moment, j’ai compris que le problème n’était pas le manque de motivation, mais le manque de méthode et de structuration.


C’est lorsque j’ai commencé à me former en entrepreneuriat, en gestion, en stratégie, en organisation que tout a changé. J’ai réalisé que l’entrepreneuriat n’est pas inné : il s’apprend. En appliquant les bons outils et les bonnes approches, mes projets ont enfin commencé à décoller, de manière plus claire et plus durable.


Ce déclic a été déterminant. Je me suis rendu compte que si l’accompagnement et la formation avaient pu transformer mon propre parcours, ils pouvaient faire la même chose pour beaucoup d’autres. J’ai alors ressenti le besoin presque naturel d’orienter, de transmettre et d’accompagner à mon tour.


"Ce que je constate sur le terrain, c’est que ce syndrome apparaît surtout chez des personnes compétentes, exigeantes envers elles-mêmes et conscientes de leurs responsabilités."

L’Entrevue Le syndrome de l’imposteur est-il une exclusivité féminine ?


Lydia Saku Non, le syndrome de l’imposteur n’est pas une exclusivité féminine. Il concerne aussi bien les femmes que les hommes, surtout dès qu’une personne évolue, prend de nouvelles responsabilités ou sort de sa zone de confort.


La différence se situe davantage dans la manière dont il s’exprime. Chez les hommes, il est souvent masqué par l’assurance, l’hyper-performance ou le silence. Chez les femmes, il est plus fréquemment verbalisé : doutes, auto-censure, peur de ne pas être légitime, besoin de validation.


Ce que je constate sur le terrain, c’est que ce syndrome apparaît surtout chez des personnes compétentes, exigeantes envers elles-mêmes et conscientes de leurs responsabilités. Ce n’est donc pas un signe de faiblesse, mais souvent la preuve que l’on se situe à un niveau de croissance.


"Et si je n’étais pas à la hauteur ?"

L’Entrevue Comment le décririez-vous lorsqu’il s’infiltre dans les ambitions d’une femme entrepreneure ?


Lydia Saku Lorsqu’il s’infiltre dans les ambitions d’une femme entrepreneure, le syndrome de l’imposteur la fait douter d’elle-même alors même qu’elle avance.


Elle travaille, elle se bat, elle obtient parfois des résultats… mais intérieurement, elle a cette petite voix qui lui dit : « Et si je n’étais pas à la hauteur ? »Elle ne se sent jamais totalement prête, jamais totalement légitime. Du coup, elle se freine elle-même, souvent sans s’en rendre compte.


Je le vois chez beaucoup de femmes : elles portent de grandes ambitions, mais elles ont peur de déranger, de prendre trop de place, d’échouer ou même de réussir. Alors elles repoussent, elles se contentent de moins, elles attendent une validation extérieure avant de s’autoriser à aller plus loin.


Ce qui me touche le plus, c’est que ce syndrome ne vient pas d’un manque de capacité, mais d’un manque de confiance en soi nourri par le regard des autres et parfois par l’histoire personnelle.


Et quand on prend le temps d’en parler, de normaliser ces doutes et de les travailler, on voit quelque chose de très beau se produire : la femme recommence à croire en elle, et ses ambitions retrouvent naturellement leur place.


L’Entrevue Quels comportements vous semblent caractéristiques de ce sentiment d’illégitimité chez les femmes que vous accompagnez ?


Lydia Saku Chez les femmes que j’accompagne, le sentiment d’illégitimité se reconnaît souvent à une chose simple : elles avancent, mais en silence.


Elles réussissent, elles gèrent des équipes, elles font tourner des entreprises, mais elles ne parlent pas d’elles. Quand on leur propose de témoigner, de partager leur parcours ou de prendre la parole, elles répondent souvent : « Il y a d’autres personnes plus légitimes que moi » ou « je n’ai pas encore assez réussi ».


Je vois aussi des femmes qui ont déjà franchi plusieurs étapes, mais qui continuent à douter : elles hésitent à se positionner comme expertes, à donner leur avis, à assumer leur place. Résultat : beaucoup de jeunes femmes pensent qu’il n’existe pas de modèles de réussite féminins, alors qu’en réalité, ces modèles sont là… mais cachés.


Ce sentiment d’illégitimité ne les empêche pas d’agir, il les empêche d’oser pleinement être visibles.


L’Entrevue En quoi ce sentiment persistant peut-il freiner la prise d’initiative ou la croissance d’un projet porté par une femme ?


Lydia Saku Concrètement, une femme peut avoir une bonne idée, un projet qui fonctionne, des clients, mais elle hésite à passer à l’étape suivante. Elle repousse certaines décisions importantes : investir, recruter, augmenter ses prix, chercher des partenaires ou se positionner sur de plus gros marchés. Non pas parce qu’elle n’en est pas capable, mais parce qu’elle doute encore de sa légitimité à aller plus loin.


Je vois souvent des projets qui avancent au ralenti alors qu’ils ont le potentiel de croître. Les opportunités sont là, mais elles ne sont pas toujours saisies. La prise d’initiative devient plus prudente, parfois trop prudente. On préfère rester dans ce qui est maîtrisé plutôt que d’oser une nouvelle étape qui ferait grandir le projet.


À long terme, ce sentiment n’arrête pas forcément le projet, mais il le limite. Il empêche la vision de s’élargir et la croissance de s’accélérer. Et c’est dommage, parce que lorsqu’une femme commence à se faire confiance, à reconnaître sa valeur et à oser, on voit très vite l’impact.


"La reconquête de soi, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est se réautoriser à être pleinement soi, avec son histoire, ses forces, ses fragilités et avancer malgré les doutes, pas après leur disparition."

L’Entrevue Quel rôle joue l’environnement familial, professionnel ou communautaire dans la fragilisation de la confiance en soi ?


Lydia Saku L’environnement joue un rôle énorme, parfois même plus que la personne elle-même, dans la fragilisation de la confiance en soi.


Dans la sphère familiale, beaucoup de femmes évoluent dans des cadres où l’on valorise le sacrifice, la discrétion et la conformité. On encourage rarement une fille à prendre des risques, à affirmer ses choix ou à revendiquer ses réussites. À force, cela crée une forme d’auto-limitation : on apprend à ne pas déranger, à ne pas trop rêver grand.


Sur le plan professionnel, l’impact est encore plus visible. Certaines femmes travaillent dans des environnements où leurs compétences sont systématiquement mises en doute, où leurs idées sont reprises sans reconnaissance, ou où elles doivent faire deux fois plus pour être prises au sérieux. Cette pression constante finit par installer un doute intérieur, même chez des femmes très capables.


Au niveau communautaire, le regard des autres pèse lourd. Les commentaires, les comparaisons, parfois même les critiques voilées, créent une peur de l’exposition. Beaucoup préfèrent alors rester dans l’ombre plutôt que de s’exposer à des jugements qui peuvent être décourageants.


En réalité, la confiance en soi se fragilise rarement toute seule. Elle est souvent le résultat d’un environnement qui n’encourage pas assez, qui critique trop, ou qui ne valorise pas suffisamment les réussites féminines. D’où l’importance de créer des cadres plus bienveillants, où les femmes peuvent oser, se tromper, apprendre et grandir sans se sentir constamment jugées.


L’Entrevue Que faut-il faire pour amorcer une reconquête de soi et de sa légitimité ?


Lydia Saku Il faut d’abord s’arrêter et se regarder avec honnêteté et bienveillance. Beaucoup de femmes avancent en mode survie, enchaînent les responsabilités, mais ne prennent jamais le temps de reconnaître tout le chemin déjà parcouru.


La première étape, selon moi, c’est de nommer ce que l’on ressent. Mettre des mots sur le doute, la peur, le sentiment de ne pas être assez. Tant que ces émotions restent silencieuses, elles prennent toute la place. Les reconnaître, c’est déjà reprendre du pouvoir sur elles.


Ensuite, il est important de se reconnecter à ses réussites, même les plus petites. Faire le point sur ce qui a été accompli, les obstacles surmontés, les compétences développées. Très souvent, la légitimité est déjà là, mais elle n’est pas encore intégrée intérieurement.


Il faut aussi s’entourer différemment : choisir des environnements qui soutiennent, qui encouragent, qui inspirent, et s’éloigner autant que possible de ceux qui alimentent le doute. La reconquête de soi n’est pas un chemin solitaire ; elle se fait mieux avec des repères, des modèles et parfois un accompagnement.


Enfin, il y a une étape clé : oser se montrer. Oser parler de son parcours, partager son expérience, prendre la parole, même imparfaitement. Plus on agit en cohérence avec ce que l’on est, plus la légitimité se construit naturellement.


La reconquête de soi, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est se réautoriser à être pleinement soi, avec son histoire, ses forces, ses fragilités et avancer malgré les doutes, pas après leur disparition.

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