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La force du caractère face aux préjugés : 40 ans de leadership au féminin

  • il y a 15 heures
  • 5 min de lecture

Depuis plus de 40 ans, Odia Kabakele incarne une vision du leadership féminin fondée sur la résilience, l’excellence et la transformation humaine. Entre entrepreneuriat, accompagnement des jeunes et des moins jeunes, formation en développement intégral, Bio-Esthétique, Image et Création d’Entreprises, elle a su bâtir un parcours inspirant dans un environnement souvent exigeant pour les femmes. À travers cette interview accordée à L’Entrevue Magazine, elle partage avec sincérité son expérience, sa philosophie du travail et sa vision d’un leadership féminin fort, élégant et profondément ancré dans les valeurs humaines.


Mme Odia Kabakele, Consultante, Formatrice et Coach en accompagnement entrepreneurial, développement intégral, relooking et leadership féminin
Mme Odia Kabakele, Consultante, Formatrice et Coach en accompagnement entrepreneurial, développement intégral, relooking et leadership féminin

"Plus vous maîtrisez vos dossiers, vos chiffres, votre vision et votre communication, plus il devient difficile de vous discréditer."

L’Entrevue Madame Odia, vous avez lancé vos activités à une époque où l'entrepreneuriat féminin était encore plus marginalisé qu’aujourd'hui. À vos débuts, comment avez-vous réussi à imposer votre vision d’entreprise dans un climat des affaires où la voix d'une femme était souvent relayée au second plan ?


Odia Kabakele À mes débuts, il fallait d’abord avoir une très grande force intérieure. À cette époque, une femme qui voulait entreprendre sérieusement était souvent regardée avec méfiance, parfois même avec condescendance. Beaucoup pensaient qu’une femme devait rester dans l’ombre ou se limiter à des activités considérées comme “secondaires”.


J’ai compris très tôt que je ne pouvais pas me permettre d’être approximative. J’ai donc choisi la compétence, la discipline et le professionnalisme comme armes silencieuses. Je travaillais énormément, je me formais continuellement et je préparais toujours mes projets avec sérieux. Avec le temps, les résultats parlent plus fort que les préjugés.


Je n’ai pas cherché à imposer ma voix par le bruit, mais par la constance, la qualité de mon travail et la crédibilité. Quand une femme maîtrise son domaine, développe une vision claire et garde sa dignité même dans l’adversité, elle finit par imposer naturellement le respect.


L’Entrevue On dit souvent qu'en RDC, le sexisme prend parfois la forme d'un paternalisme étouffant. Avez-vous rencontré des partenaires ou des décideurs qui, sous prétexte de vous « aider », tentaient en réalité de limiter votre autonomie ou de discréditer votre expertise technique ?


Odia Kabakele Oui, bien sûr. Beaucoup de femmes entrepreneures ont déjà vécu cela. Il existe parfois une forme de « protection » qui cache en réalité une volonté de contrôle ou une difficulté à accepter qu’une femme puisse réfléchir stratégiquement, négocier ou diriger avec compétence.


Certaines personnes pensent aider une femme alors qu’en réalité elles veulent décider à sa place, réduire son champ d’action ou minimiser ses capacités techniques. J’ai appris à reconnaître ces mécanismes avec le temps.


Mais au lieu de tomber dans la confrontation permanente, j’ai choisi une autre voie : développer encore davantage mon expertise. Plus vous maîtrisez vos dossiers, vos chiffres, votre vision et votre communication, plus il devient difficile de vous discréditer.


Une femme ne doit pas seulement être courageuse ; elle doit aussi être préparée. La préparation intellectuelle et stratégique protège énormément. Par ailleurs, j’ai une équation pour le succès : P + O = S : Préparation + Opportunités = SUCCÈS !


L’Entrevue Vous avez une phrase célèbre : « Quand on ne se forme pas, On se déforme ! » Est-ce que cette quête permanente de l'excellence a été pour vous une stratégie consciente pour ne laisser aucune prise aux critiques sexistes qui attendaient la moindre erreur de votre part ?


Odia Kabakele Absolument. Cette phrase vient d’une conviction profonde. Le monde peut parfois pardonner facilement l’erreur d’un homme, mais être beaucoup plus sévère envers celle d’une femme, surtout lorsqu’elle occupe une position de leadership.


J’ai donc compris très tôt que la formation continue n’était pas un luxe, mais une nécessité. Se former, c’est évoluer, c’est s’adapter, c’est gagner en assurance et c’est éviter la stagnation. Une personne qui cesse d’apprendre finit progressivement par perdre sa valeur stratégique.


Pour moi, l’excellence n’a jamais été une question d’ego. C’était une manière de protéger ma crédibilité, de renforcer ma confiance et surtout d’ouvrir la voie à d’autres femmes.


Chaque femme qui élève son niveau contribue aussi à changer le regard porté sur les générations féminines qui arrivent derrière elle.


"Une personne qui retrouve l’estime d’elle-même peut transformer toute sa trajectoire professionnelle et relationnelle."

L’Entrevue Le secteur du bien-être et de la Bio-Esthétique est souvent jugé superficiel par certains hommes d'affaires. Avez-vous souffert de ce double préjugé : être une femme et évoluer dans un métier "féminin", lorsqu'il s'agissait de discuter d'investissements ou de stratégie de croissance sérieuse ?


Odia Kabakele Oui, très souvent. Certaines personnes réduisent encore les métiers de la Bio-Esthétique, du Relooking ou du Bien-Être à quelque chose de léger ou de purement décoratif. Pourtant, derrière ces secteurs, il y a de La Psychologie, De L’image, De La Communication, Du Management, Du Marketing Et Une Réelle Compréhension De L’humain. Malheureusement, Dans Certaines Mentalités, Les Métiers Des « 3C », Coiffure, Couture et Cuisine. ont longtemps été considérés à tort comme des voies réservées à ceux que l’on jugeait moins intellectuels, alors qu’ils exigent en réalité créativité, discipline, sens stratégique, intelligence relationnelle et véritable capacité entrepreneuriale.


J’ai toujours défendu l’idée que l’apparence n’est pas superficielle lorsqu’elle devient un outil de dignité, de confiance en soi et de valorisation personnelle. Une personne qui retrouve l’estime d’elle-même peut transformer toute sa trajectoire professionnelle et relationnelle.


Le problème vient parfois du fait que certains secteurs associés aux femmes sont automatiquement sous-estimés économiquement. Pourtant, ce sont des domaines qui génèrent des emplois, créent de la valeur et influencent profondément les comportements sociaux.


Avec le temps, j’ai appris à présenter ces métiers avec une vision beaucoup plus stratégique et entrepreneuriale. Il faut parfois éduquer les investisseurs eux-mêmes à comprendre la portée réelle de certains secteurs.


L’Entrevue Vous avez coaché des centaines de jeunes filles, notamment à travers Miss Vodacom. Quel est le « Relooking Mental » que vous préconisez aux jeunes entrepreneures pour qu'elles cessent de s'excuser d'être ambitieuses dans une société qui leur demande encore trop souvent d'être effacées ?


Odia Kabakele Le premier Relooking Mental, c’est d’arrêter de croire que l’ambition féminine est une faute. Une femme peut être douce sans être faible, ambitieuse sans être arrogante et visible sans perdre sa féminité.


J’encourage les jeunes filles à travailler sur trois dimensions : le savoir-être, le savoir-faire et le savoir-vivre. Beaucoup veulent réussir rapidement sans construire leur personnalité intérieure. Pourtant, le véritable leadership commence dans l’esprit.


Je leur apprends aussi à ne pas attendre systématiquement la validation extérieure. Une femme qui attend toujours qu’on lui donne la permission d’avancer risque de passer à côté de sa destinée.


Enfin, je leur conseille de développer leur intelligence émotionnelle, leur discipline et leur autonomie financière. Une femme qui dépend totalement du regard des autres finit souvent par limiter elle-même son potentiel.


L’Entrevue On vous connaît pour votre rigueur et votre franc-parler. Est-ce qu'une femme doit nécessairement adopter une forme de dureté pour être respectée dans le milieu des affaires en RDC, ou existe-t-il une voie pour un leadership féminin qui soit à la fois doux et inflexible ?


Odia Kabakele Je pense qu’il existe une grande différence entre la dureté et la fermeté. Beaucoup de femmes croient qu’elles doivent devenir agressives pour être respectées. Personnellement, je ne crois pas à ce modèle.


On peut être élégante dans son attitude, humaine dans ses relations et en même temps extrêmement ferme sur ses valeurs, ses limites et ses objectifs. La douceur n’est pas une faiblesse lorsqu’elle est accompagnée de caractère et de clarté.


Le vrai leadership féminin, selon moi, est un équilibre entre intelligence émotionnelle, autorité naturelle et maîtrise de soi. Une femme qui connaît sa valeur n’a pas besoin de crier pour se faire entendre.


Je crois profondément qu’une femme peut diriger avec grâce tout en restant inflexible sur le respect, la compétence et la vision. Et c’est peut-être même cette combinaison qui représente aujourd’hui l’une des plus grandes forces du leadership féminin moderne.

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