Promesse Sikitoka : "En mixant cette approche, nous apportons des solutions qui résolvent les besoins techniques et environnementaux..."
- 5 oct. 2024
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Goma... Et encore, Goma ! Depuis un temps, nos plumes délectent la réalité entrepreneuriale de cette partie du pays, en proie à l’agression rwandaise. Notre but : laver l’image d’une ville baignée dans le sang en une ville résiliente et économiquement dynamique.
De cet aperçu, nous avons rencontré Promesse Sikitoka, Directeur Général de Kivu Paper Bag, entreprise spécialisée dans la production et la distribution des emballages papiers biodégradables. Dans notre entrevue, il explicite l’importance de ce produit, épingle le rôle des gouvernants pour sa valorisation et aborde les solutions apportées par son entreprise. Lisez son récit. Sondez ses ambitions. Ça en dit long !

L’Entrevue Parlez-nous de votre intérêt pour la protection de l'environnement et de ce qui vous a emmené à investir dans ce domaine.
Promesse Sikitoka Je suis convaincu que la protection de l’environnement est une obligation pour toute la Nation. Cette charge ne revient pas uniquement aux gouvernants d’y apporter une importante contribution. Elle est une tâche communautaire.
Également, en résolvant les problèmes environnementaux, je suis convaincu que nous parviendrons à régler nos propres maux et ceux de toute la communauté. Il est important que nous soyons impliqués dans la gestion de l’environnement : enfants, jeunes et vieux, gouvernés et gouvernants... tous sommes concernés par ce devoir. Ce problème doit être abordé et résolu en masse !
L’Entrevue Y a-t-il un engagement du gouvernorat au Nord-Kivu ou du gouvernement central à Kinshasa, d'une part et une volonté de la population de changer les habitudes de consommation, d'autre part, en vue de réduire la dépendance au plastique dans la ville de Goma et ses environs ?
Promesse Sikitoka La pollution plastique est un fléau qui guette le monde entier. Pour votre information, dans les sociétés développées à travers le monde, les solutions apportées à ce problème sont successives à l’implication des autorités du pays. Vous devez savoir, en matière des produits de consommation de masse, le Gouvernement régule le prix d’achat et le prix de vente sur le marché. Tel est le cas, par exemple, du prix du carburant fixé par le Ministrère de l’Économie Nationale et applicable sur l’ensemble du territoire national.
Malheureusement, cette régulation n’est pas imposée dans le marché des emballages. De mon regard de professionnel du secteur, il n’existe pas encore de mécanismes qui considèrent l’emballage comme un produit de consommation de masse au niveau national. Bien sûr, il existe une Loi en matière depuis 2017, appliquée en cette époque précise, et le marché était ainsi bien régulé. Donne qui a changé à ce jour, car la loi n’étant pas appliquée ; et provoquant ainsi la non consommation des emballages biodégradables comme il faut.
Sur ce qui est du prix de production, il est possible de nous convenir sur un même prix de vente mais ce dernier sera toujours à celui des emballages plastiques. Ces derniers se vendent en masse sur le marché au détriment des premiers. Cette situation crée un déséquilibre qui a pour conséquence le déséquilibre du prix de revient des emballages biodégradables mais aussi au niveau de l’environnement, nous ne sommes pas en mesure de créer un environnement propice que nous souhaitons léguer en bon état aux générations futures.
Sur leur implication, je serai négatif dans ma réponse. Ni les autorités locales ni urbaines, encore moins le Gouvernement depuis Kinshasa, ne s’implique correctement dans cette régulation. En dépit des efforts consentis, les emballages plastiques priment toujours sur les emballages biodégradables. Tout ceci par manque d’une politique pouvant accompagner le marché des emballages biodégradables.
Au-delà de cela, la conscientisation des opérateurs économiques sur l’ensemble du territoire est à privilégier pour réduire la consommation des emballages plastiques au profit des emballages biodégradables. Ces opérateurs économiques, en bon éco-citoyens, doivent réfléchir sur la responsabilité sociétale de leurs entreprises dans la protection de l’environnement.
Il est nécessaire d’instaurer des mesures stoppant l’importation des emballages plastiques et imposant la consommation des emballages biodégradables pour favoriser l’éclosion de l’économie nationale. Ces mesures aideront les industriels d’emballages biodégradables à produire en grande quantité et gagner par la méthode de l’échelle.
"Actuellement, nous travaillons sur des projets pour produire des emballages pouvant contenir des charges de 8 kg, voire plus."
L’Entrevue Kivu PAper Bag : un mix entre environnement et ingénierie ? Racontez-nous.
Promesse Sikitoka Je suis issue d’une formation en génie civile. Le plus souvent, je recevais des demandes d’entreprises publiques et privées ; ainsi que des ONG qui sollicitaient mes services en ingénierie. Au lieu d’oeuvrer en privé, j’ai opté pour la création d’un département en la matière au sein de mon entreprise.
La particularité de ce département est qu’il porte sur l’Ingénierie Durable. Comprenez ici qu’il existe de nombreuses solutions en ingénierie qui causent, malheureusement, du tort à notre environnement. En mixant cette approche, nous apportons des solutions qui résolvent les besoins techniques et environnementaux à la fois.
L’Entrevue Parlez-nous du processus de fabrication des sacs en papier. Du moins, ce que nous pouvons savoir.
Promesse Sikitoka Les emballages papiers biodégradables produits par notre entreprise sont fabriqués en papier kraft.
Ces papiers sont obtenus soit par recyclage des papiers usés en fonction du taux de recyclage et impactant le coût de production et le prix de vente sur le marché, soit par des procédés industriels consistant à obtenir le kraft à partir de la sève des arbres.
Pour augmenter la valeur de nos produits, nous n’usons pas de ce dernier type de papiers pour des raisons évidentes :
Nous préférons le premier type de papier parce qu’il augmente la valeur de nos produits.
Le coût de production et d’acquisition des papiers est élevé.
En usant du premier type de papier, nous baissons nos charges et offrons nos produits à un prix abordable sur le marché. Nous possédons des machines qui produisent jusqu’à 450 pièces d’emballages par minute selon le format (0.5Kg à 5Kg).
Actuellement, nous travaillons sur des projets pour produire des emballages pouvant contenir des charges de 8Kg, voire plus.
Je rajoute que nos produits sont de très bonne qualité. Nos machines sont intégrées d’un système de collage synthétique automatique. Pour réduire l’importation de nos produits, nous proposons que des solutions locales soient trouvées pour vendre à moindre coût nos produits.
L’Entrevue Que dire de la concurrence et comment la surmontez-vous ?
Promesse Sikitoka Au niveau local, nous sommes à trois ou quatre entreprises oeuvrant dans le même secteur. Mais au lieu de parler de concurrence, j’évoquerai plutôt de la collaboration. Nous sommes des entreprises soeurs qui vendent des produits quasiment aux mêmes tarifs et nous nous approvisionnons quasiment auprès des mêmes fournisseurs.
Collaboration aussi, puisque mon entreprise peut posséder une machine que les autres n’ont pas, et vice-versa. Nous profitons mutuellement des services des uns et des autres. Pour moi, la concurrence est à porter sur l’importation des emballages en plastique. D’où, à ce niveau, j’interpelle les autorités à se saisir de ce problème que fait face le secteur des emballages qui représente un marché national en terme de Billions de dollars par an sur l’étendue nationale.
Nous devons veiller à l’équilibre entre l’importation et la production locale. Pour mon entreprise, nous avons tissé des collaborations avec des clients satisfaits de nos services. Certains nous sont, d’ailleurs, fidèles depuis plus de six (6) ans.
L’Entrevue Pour la production d'un tel travail, de quel effectif disposez-vous ?
Promesse Sikitoka Notre personnel est composé de douze (12) personnes dont cinq femmes et sept hommes. A mes yeux, ces personnes ne sont pas des employés, mais des collaborateurs. Nous avions débuté avec elles la production des emballages biodégradables de manière artisanale avant d’affronter l’industrielle. Notre parcours commun est mémorable ! Mes collaborateurs sont tous résilients. Nous sommes affectés selon les différents services ; à savoir : le Marketing, l’Administration, l’Ingénierie et autres. Notre résilience dénote de la qualité des services à nos clients. L’augmentation du personnel est l’une de nos projections. Si tout se déroule comme prévu, elle sera effective à court terme en raison de la commande de quelques matériels pour accroître notre production.
"...j'interpelle les autorités à saisir ce problème que fait face le secteur des emballages qui représente un marché national en terme de Billions de dollars..."
L’Entrevue Qui achète votre production ?
Promesse Sikitoka Notre marché est le B2B (vente, événementiel, supermarchés, ONG...). À nos débuts en 2017, nous étions à la fois dans la promotion de nos services et dans la production. Aujourd’hui, grâce au travail acharné, notre portefeuille client augmente progressivement.
"En installant une unité de production des matièers premières, ici, à Goma, le Gouvernement aidera les entreprises locales à produire plus rapidement..."
L’Entrevue Comment répondez-vous à la question du stockage ?
Promesse Sikitoka À l’état actuel, cette question n’est pas un problème. Nous possédons des hangars pour stocker. Auparavant, nous stockions des produits non écoulés sur le marché. Aujourd’hui, nous assurons une production graduelle en fonction des besoins de clients.
L’Entrevue Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez en tant qu'entrepreneur ?
Promesse Sikitoka Nous en connaissons plusieurs. En particulier, j’aborderai celle portant sur les équipements de production. Étant coûteux, nous souhaiterions bénéficier des subventions du Gouvernement ou des autres bailleurs de fonds pour nous en acquérir et rembourser progressivement dans le cas des crédits. Ensuite, je citerai l’insécurité dans la zone. À cause de ce facteur, le prix est en hausse pour des raisons évidentes auprès de nos fournisseurs. En Installant une unité de production des matières premières, ici, à Goma, le Gouvernement aidera les entreprises locales à produire plus rapidement des emballages biodégradables pour tous les clients et nos coûts de production et nos prix de vente baisseront assurément.
L’Entrevue Vous êtes membre de la FEC ; pourquoi appartenir à une organisation patronale ou un regroupement similaire ?
Promesse Sikitoka La Fédération des Entreprises du Congo est une famille. Entre nous, nous partageons des idées et trouvons des solutions aux problèmes. Mon conseil aux entrepreneurs est d’évoluer en corporation pour se sécuriser et évoluer plus vite. Ainsi, je bénéficierai de l’expérience de ceux qui nous ont précédées pour gagner en temps.
La FEC n’est pas la seule. Il y en d’autres telles que Kivu Entrepreneur, la Fédération Nationale des Jeunes Entrepreneurs, etc. Il est bon d’évoluer en groupe !




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