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Sylvie Olela : "Plus le taux d'électrification augmentera et de plus en plus [...] d'entrepreneurs auront accès à l'électricité."

  • 5 avr. 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

La société entrepreneuriale, telle que décrite par les économistes David Audretsch (2006) et Roy Thurik (2009), peut être schématiquement définie comme une société qui mise sur ses entrepreneurs pour atteindre un niveau de croissance économique satisfaisant sur le long terme. Juriste de formation et experte en question de conformité et de passation de marchés, Sylvie Olela Odimba, Présidente du Conseil d’Administration de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité, nous fait part du rôle de cette entité dans une société congolaise qui se veut entrepreneuriale.


Sylvie Olela, Présidente du Conseil d'Administration de l'Autorité de Régulation du secteur de l'Electricité en RDC
Sylvie Olela, Présidente du Conseil d'Administration de l'Autorité de Régulation du secteur de l'Electricité en RDC

L’Entrevue Madame la PCA, avant d’aborder le fond de notre entretien, faisons un détour par la cop 28 qui s’est tenue du 30 novembre au 12 décembre 2023 à dubaï. Quelle est votre opinion sur les conclusions de ce sommet qui appelle à tripler la production d’énergies renouvelables et à doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030 ?


Sylvie Olela Le recours aux énergies renouvelables est un passage obligé. C’est un effort qui est en cours à l’échelle mondiale, car nous maîtrisons désormais les inconvénients des énergies fossiles. Il est impératif de se tourner vers des énergies plus vertes, moins polluantes, plus propres et plus durables. Tous les états, y compris notre pays, la République Démocratique du Congo, doivent s’inscrire dans cette dynamique ; on ne peut pas s’en désintéresser. L’objectif, celui de tripler la production des énergies renouvelables d’ici 2030, que se sont assigné les États participants à la COP 28, est louable. Il revient à chacun de se l’approprier et de le mettre en place de manière effective. Cette question ne peut nous échapper. La production et la consommation énergétiques doivent être repensées, et la COP 28 a offert cet espace pour pousser les réflexions et définir de nouveaux objectifs.


L’Entrevue Qu’est-ce que ces objectifs représentent pour la République Démocratique du Congo ?


Sylvie Olela La République Démocratique du Congo s’est déjà engagée sur le plan national à accroître la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique. Elle s’inscrit donc dans les objectifs qui ont été définis à Dubaï. Le pays est conscient qu’il a un rôle très important à jouer dans les discussions sur des thématiques telles que le changement climatique, la nouvelle économie du climat et les énergies renouvelables. En tant que pays-solution, nous sommes incontournables dans les réponses à apporter et les actions à prendre face à ces nouveaux enjeux climatiques et énergétiques. Au vu de nos importantes ressources forestières, de notre potentiel hydroélectrique et de la richesse de notre sol en minerais critiques nécessaires pour la construction de batteries, de véhicules électriques, de panneaux solaires, la République Démocratique du Congo a une opportunité unique de se positionner économiquement et techniquement face aux questions de transition énergétique.


"Dès que ces investissements seront réalisés, nous aurons des retombées sur le secteur lui-même, et ce sera à l'avantage de toute la population, y compris l'écosystème entrepreneurial.”

L’Entrevue Dans son discours d’investiture, le Chef de l’état, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a promis de promouvoir l’entrepreneuriat. Comment l’ARE envisage-t-elle de participer à la concrétisation de cet engagement, tout en sachant que de nombreux opérateurs économiques utilisent des générateurs et que la qualité et la régularité en fourniture électrique laissent à désirer en RDC ?


Sylvie Olela Je vais aborder la question sous deux angles. Premièrement, je rappelle que l’ARE est l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité. Notre mission est de réguler, de contrôler et de superviser le secteur qui a été libéralisé en 2014. Les premiers animateurs de l’ARE ont été nommés par ordonnance présidentielle en 2020 ; j’ai moi-même été nommée par le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en août 2022.


L’ARE s’applique à créer un climat favorable pour les investissements dans le secteur de l’électricité. Ainsi, nous accompagnons techniquement les entrepreneurs qui veulent investir dans le secteur de l’électricité. Au-delà d’être une autorité de régulation, les potentiels investisseurs peuvent recueillir des informations, des données, des conseils pour la mise en place de leurs projets d’investissement. C’est l’une de nos contributions concrètes à cet objectif assigné par le Chef de l’État de promouvoir l’entrepreneuriat.


Deuxièmement, sur la question de « l’accès à l’électricité qui laisse à désirer », comme vous l’avez dit, c’est un effort collectif qui doit être fait. Le secteur de l’électricité est libéralisé, ce qui sous-entend qu’au plus il y aura des investissements dans le secteur, au plus le taux d’électrification augmentera et de plus en plus de ménages et d’entrepreneurs auront accès à l’électricité. L’ARE régule le secteur et encourage les investissements ; je l’ai dit, nous accompagnons les investisseurs. Dès que ces investissements seront réalisés, nous aurons des retombées sur le secteur lui-même, et ce sera à l’avantage de toute la population, y compris l’écosystème entrepreneurial.


L’Entrevue Est-ce que vous indiquez des zones prioritaires aux investisseurs pour favoriser le développement commercial de certaines contrées du pays ? Ou bien l'opérateur est-il libre de s'installer et de produire où il désire en RDC ?


Sylvie Olela Les opérateurs économiques sont libres d’investir dans les zones de leur choix. Ce sont souvent des investisseurs qui cherchent la zone ou le projet qui sera le plus rentable pour eux. L’ARE va analyser les demandes de titres au regard de la faisabilité du projet, du lieu choisi, du respect des normes environnementales, du respect de la délimitation des périmètres de distribution, etc. Il est par exemple important que le projet soit développé dans un espace où l’électricité produite pourra être distribuée ou transportée aux clients et qu’il n’y ait pas de superposition d’opérateurs qui pourrait entraîner des conflits que nous devrions trancher. Ce sont ce genre de discussions que nous engageons avec les opérateurs.


"Afin de rendre l'investissement dans le secteur plus attractif, le législateur a prévu une série de dispositions qui prévoient des allègements fiscaux pour certains types d'activités et d'opérations.”

L’Entrevue Dans la promotion de la compétitivité, y a-t-il une préférence pour le local content ?


Sylvie Olela L’analyse des dossiers doit se faire à la lecture de l’ensemble des textes juridiques dont nous disposons : la constitution, la loi sur l’entrepreneuriat et les start-up... Dans son effort pour promouvoir l’entrepreneuriat congolais ou les entreprises à capitaux congolais, le législateur a introduit des dispositions allant dans ce sens dans différents textes et nous devons en tenir compte dans le respect des principes d’équité et de transparence.


L’Entrevue Quel avantage y a-t-il pour les investisseurs congolais d'investir dans les énergies en RDC ?


Sylvie Olela Afin de rendre l’investissement dans le secteur plus attractif, le législateur a prévu une série de dispositions qui prévoient des allègements fiscaux pour certains types d’activités et d’opérations. En ce qui concerne les subventions, l’Agence Nationale de l’Électrification et des Services Énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) a mis en place un modèle intéressant pour augmenter l’accès à l’électricité et favoriser les énergies propres : il s’agit du Fonds Mwinda qui accorde des subventions et soutient l’offre et la demande afin de permettre aux ménages ayant un faible pouvoir d’achat d’accéder à l’électricité et aux opérateurs de couvrir le risque financier.


L’Entrevue Prenez-vous part, directement ou indirectement, au programme de développement local à 145 Territoires ?


Sylvie Olela Comme je l’ai dit, nous régulons le secteur de l’électricité. Dans le cadre de la mise en oeuvre du PDL-145T, les opérateurs qui veulent investir dans le secteur de l’électricité doivent passer par notre structure. Nous sommes un passage obligé pour tout opérateur qui veut produire, distribuer, transporter, importer ou exporter de l’électricité ; il devra obtenir son agrément auprès de l’ARE.


L’Entrevue Une fois votre feuille de route 2022-2024 achevée, quelle est la suite ?


Sylvie Olela Il s’agira pour le Conseil d’Administration d’évaluer notre parcours, de tirer les leçons et bonnes pratiques et de se donner de nouveaux objectifs, de nouveaux jalons. Il nous reste beaucoup d’objectifs et de défis à relever ; nous devons continuer le déploiement en province, renforcer les capacités de nos équipes, développer notre cellule de protection des consommateurs, continuer la vulgarisation de la loi sur le secteur de l’électricité… De nouvelles lignes stratégiques seront définies.


L’Entrevue Rééquilibrage dans le contrat chinois sur les avantages obtenus au sujet de la centrale hydroélectrique de Busanga. Une belle victoire pour l'ARE ?


Sylvie Olela Oui, une belle victoire. Nous sommes assez fiers parce qu’il s’agit d’un dossier que la Direction Générale de l’ARE a mené de bout en bout. L’opérateur a obtenu ses titres au niveau de l’ARE, et nous avons travaillé avec ses équipes. Notre Direction Générale, que je félicite pour le travail accompli, a donné certains avis afin que les intérêts de la République ne soient pas lésés.

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